Peter Funke, champion allemand, mécène français.
Rencontre exclusive avec Peter Funke, grand joueur de Tipp-Kick et ancien président de la DTKV (fédération allemande). De ses victoires mémorables à son engagement pour propager le jeu hors d’Allemagne, découvrez son parcours ainsique son lien particulier avec le tout premier club français, le TKC Axonais.
Peter, tu as une longue expérience au plus haut niveau, cela va des années 70 à nos jours, peux-tu nous en parler ? Comment as-tu découvert ce jeu et qu’est ce qui t’as motivé à continuer tout ce temps ?
C’est en 1975, j’avais alors 13 ans, que je suis tombé sur un article de journal parlant du Tipp-Kick. J’avais déjà joué à ce jeu chez moi, mais j’étais bien loin de me douter qu’on pouvait y jouer d’une manière si différente et sur autre chose que le petit tapis dépliant livré avec la boîte. J'ai alors décidé d'écrire au journal, et c'est ainsi que j'ai reçu une réponse du club de Tipp-Kick SSG Stuttgart (SSG signifie Spiel- und Sportgemeinschaft soit association de sports et de jeux). Ils m'ont invité aux Championnats du Sud de l'Allemagne qui se déroulaient cette même année à Stuttgart. C’est plein d’enthousiasme que je m’y suis rendu (heureusement je n'habitais qu’à 20 km de là). Sur place, j’ai été émerveillé par la virtuosité des joueurs “pros”. Bien sûr, je me suis fait éliminer dès le premier tour, mais cela a éveillé quelque chose en moi. Depuis toutes ces années, le feu de la passion brûle toujours avec la même intensité.
2. En tant que joueur de haut niveau et ancien président de la DTKV (fédération allemande de Tipp-Kick), qu’est ce qui a contribué à ton succès ? Y a t’il des stratégies et des techniques que tu as affinées avec le temps?
Dès le début, j'ai joué énormément. J'ai eu la chance de pouvoir jouer le lundi avec un camarade de club, de participer aux entraînements en club le mardi et de remettre ça le week-end avec d'autres membres du club. C’est grâce à cette pratique régulière que j'ai peu à peu progressé. En plus d’affronter mes amis, je me suis beaucoup entraîné à tirer. Je disposais des tasses et des bouteilles sur le terrain et j’essayais de tirer autour, d’orienter les trajectoires. J’avais aussi une cible avec un trou en haut et un trou en bas. J’ai essayé de nombreuses techniques pour m’améliorer. Évidemment, comme d’autres joueurs s'entraînaient tout aussi dur partout en Allemagne, le niveau était extrêmement élevé et je n’ai jamais réussi à gagner tous mes matchs, ce qui reste vrai encore aujourd’hui. Mais au fil du temps, mes résultats se sont améliorés.
3. Le Tipp-Kick a évolué au fil du temps. Y a-t-il des changements importants qui t'ont marqué? Comment-as tu adapté ton jeu à ses évolutions ?
Dans les années 70 et 80, la technique que tout le monde utilise aujourd’hui pour retomber sur sa couleur n’existait tout simplement pas. Il y a avait beaucoup de turnover et de contre-attaques, ce qui fait qu’il y avait beaucoup plus de buts qu’aujourd’hui. Le rôle du gardien de but a gagné en importance au fil du temps. Cela me chagrine un peu, car j'ai toujours été plus à l'aise en attaque qu'en défense… Dans l'ensemble, le Tipp-Kick est devenu plus calme. L'invention des jambes en acier pour les kickers a également été un changement majeur. Auparavant, les joueurs devaient limer le pied de leurs kickers eux-mêmes, et il fallait le faire assez souvent car le métal se cassait facilement. Le façonnage prenait de nombreuses heures de travail. Une fois terminé, le résultat n’était pas toujours satisfaisant, alors il fallait recommencer à zéro.
4. Quels sont les moments ou les succès les plus mémorables de ta carrière ? Y a-t-il un tournoi ou un match qui t’as laissé un souvenir impérissable ?
J’ai participé à plus de deux cents tournois, je pourrais écrire un livre à ce sujet. Ma première victoire en tournoi a été quelque chose de très spécial pour moi. Personne parmi les 83 autres participants n'aurait misé sur moi, et moi non plus. Et pourtant, en 1979, j'ai remporté le tournoi de printemps de Hambourg. Ce sont souvent les matchs à couperet, que l’on gagne ou que l’on perd sur une dernière action, qui restent gravés dans la mémoire. Battre un adversaire contre lequel on a toujours perdu est aussi quelque chose de très marquant.
5. Quels conseils donnerais-tu à des nouveaux venus qui commencent à jouer au Tipp-Kick ? As-tu des conseils et des astuces qui sont à ton sens essentiels pour avoir du succès ?
Le meilleur moyen pour progresser, c’est de “jouer, jouer, jouer” autant que possible et de ne pas désespérer lorsque ça ne va pas bien. En tournoi, c’est mieux de ne pas rentrer chez soi immédiatement après l’élimination car on apprend beaucoup en observant les autres. Mais il ne faut pas se contenter de copier, c’est important d’essayer de trouver ce qui fonctionne le mieux pour soi.
6. Quand tu repenses à ton rôle de président de la fédération allemande, qu’est-ce qui t’as le plus plû? Y a-il des choses que tu ferais différemment aujourd’hui?
Je suis heureux que les compétitions de Tipp-Kick continuent même après la pandémie du Coronavirus. Grâce à Henning Horn, nous avons pu préserver beaucoup de choses et rester organisés. Cela m'a toujours touché de participer à des tournois où 60, 70 ou 100 joueurs étaient présents. J’ai effectivement été président de la fédération pour un temps. Avec le recul, il y a des choses que je ferais différemment, mais dans l'ensemble, je suis plutôt satisfait de ce qui a été accompli.
7. Qu’as tu pensés quand tu as appris qu’un Français voulait participer à une compétition allemande et créer un club en France, chose qui n’était encore jamais arrivée?
J'étais vraiment ravi. En France, le football a une place importante, et le fait qu'il y ait maintenant du Tipp-Kick est vraiment génial ! J'espère sincèrement que cela se développera bien.
8. En tant que grand joueur, quelle est ta vision du futur du Tipp-Kick ? Le vois-tu progresser et réussir à attirer de nouveaux joueurs? Penses-tu qu’il s'implanter en France ?
Le problème de tous les clubs est la jeune génération. Les jeunes ne s'impliquent plus autant qu’avant et ils ne sont plus aussi nombreux dans les associations. C'est probablement le cas dans toute l'Europe. Mais il reste un peu d'espoir - et pour la France en particulier - on dit que les Français savent mieux profiter de la vie que beaucoup d'autres.
9. Y a-t-il quelque chose des années 80/90 que tu regrettes ou un aspect qui s’est amélioré depuis ?
Dans les années 70 et 80, nous prenions davantage le temps de nous asseoir avec nos adversaires, d’aller manger ensemble, ou de faire des activités en commun. Aujourd'hui, on se rend sur le lieu du tournoi, on fait deux matchs et on rentre chez soi. C'est devenu plus impersonnel. En revanche, c'est beaucoup plus respectueux, il y a un meilleur état d’esprit. Même lors de matchs très importants, le fair-play est la priorité absolue. C'est très réjouissant.
10. Pour finir, quelles sont tes aspirations en tant que nouveau membre du premier club de France ? Penses-tu pouvoir contribuer au développement du jeu et de sa communauté en France ?
Le vélo est l'un de mes passe-temps favoris. En 1979, lors de mon premier voyage je suis allé en France. Depuis, j'ai parcouru ce pays à vélo plusieurs fois, et j’ai toujours trouvé cela magnifique, tant le pays que les gens. Je suis ravi d'être membre du TKC Axonais, mais avec l'entraînement hebdomadaire, cela ne sera pas facile... Il faudrait que le capitaine Kirk vienne nous aider avec le téléporteur.


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